Riviera de Mathilde Janin, un roman rock

Publié: 12 octobre 2013 dans Livres
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Riviera est un alien de la rentrée littéraire. Le roman (peut-on vraiment l’appeler ainsi ?) ne correspond à aucun genre. On y suit Philippe, Nadia et Frédérique, trois exilés qui ont fui l’Amérique et le virus Ebola de 1991. Il est musicien de la scène indé, Frédérique aussi et Nadia directrice d’un label.

A travers les chapitres et les parties, nous suivons une partition sans chronologie. La mort de Philippe rassemble les deux femmes. D’où peut-être ces aller-retours entre passé lointain, passé proche et présent…

Les personnages que nous propose Riviera sont plus névrosés les uns que les autres. Deux musiciens écorchés vifs, venus de France; une émigrée de l’Est qui sait ce qu’elle veut. Philippe et Nadia se rencontrent, s’aiment, se détestent mais se marient. La structure du roman mime la relation entre ces deux amants rassemblés par une peur de vivre. Leur amour est hors du temps : la folie de Philippe le ramène sans cesse vers le passé quand celle de Nadia les propulse vers l’avant. Comme leur relation, le roman est fait de va-et-vient arythmiques. Le tout sur fond de musique rock et de sexe.

Le roman est construit comme un album de rock : morceaux énergiques qui racontent la relation dévorante de Philippe et Nadia, slows qui expliquent la mélancolie du passé. A chaque changement de chapitre, le ton diffère. Mathilde Janin nous offre une oeuvre riche sous tous les angles. Chaque point de vue y passe, chaque folie.

En deux parties, toute l’histoire est construite. La première « Dermophobia » raconte l’exil de ces trois personnages bouffés par la vie. La dévoration de Philippe par Nadia, sans qu’on sache rien des circonstances de sa mort, la fascination de Philippe pour Nadia. Cette exilée du bloc soviétique fait tourner la première partie autour d’elle, comme Philippe tourne autour d’elle. La seconde  » L’enfance tuée au bord de l’eau  » se focalise sur Philippe. Son amour pour Nadia, sa curiosité pour elle, ses soupçons et sa passion. On suit sa déperdition à mesure que sa femme la domine et le détruit. Jusqu’à sa mort qui rassemblera les deux femmes de sa vie : son épouse et sa sœur.

En filigrane de cette partition de rock, Mathilde Janin esquisse les classiques du rock, l’évolution du mouvement depuis la fin des années 1980 jusqu’à 1992. La musique sert de toile à ces personnages déchirés, qui s’accrochent aux autres pour ne pas se perdre. Quelques classiques du rock guident la lecture du début à la fin du roman.

Le style est soigné, maîtrisé dans Riviera. Cette écriture m’a touchée. Elle exprime le mal être profond des personnages, même aux instants les plus heureux. Difficile de croire qu’il s’agit d’un premier roman pour Mathilde Janin.

L’auteur

Mathilde Janin est journaliste. Elle a été responsable éditoriale du magazine Modzik et chroniqueuse littéraire pour la radio.  Avec Riviera, elle signe un premier roman prometteur chez Actes Sud.

Riviera est paru chez Actes Sud Littérature. ISBN : 978-2-330-02365-2. Prix : 19.00€

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